Vous avez sûrement déjà entendu votre enfant dire « c’est bon ou c’est mauvais ? » devant une assiette. Entre les régimes, les comparaisons et les compliments sur l’apparence, difficile de savoir quel discours adopter. Pourtant, les habitudes alimentaires et l’image corporelle se construisent dès le plus jeune âge : 22 % des enfants et ados présentent des conduites alimentaires problématiques. Alors, comment faire sans tomber dans la pression ? Voici des pistes concrètes, validées par les recherches, pour aider vos enfants à grandir en paix avec leur corps et leur assiette.
Le piège des « bons » et « mauvais » aliments
Classer les aliments en catégories morales – « j’ai été sage, j’ai mangé des légumes » ou « j’ai craqué, j’ai pris un gâteau » – semble innocent, mais cela installe une culpabilité autour de la nourriture. Les enfants apprennent à associer certains aliments à la honte, ce qui peut favoriser des régimes restrictifs plus tard. À la place, parlez de ce que les aliments apportent : « les carottes donnent de l’énergie pour courir », « le chocolat, c’est bon au goût et ça fait plaisir ». Pas de jugement, juste des faits. Et si vous craquez vous-même, évitez les excuses : un cookie n’est pas une faute, c’est juste un cookie.

Les remarques sur le corps : un impact invisible
Quand vous commentez le physique d’un inconnu dans la rue ou d’une célébrité – « il a pris du poids », « elle est trop maigre » – votre enfant enregistre que le corps est un sujet de critique. Cela l’encourage à se comparer et à juger le sien. Même les compliments sur l’apparence peuvent être risqués : « tu es belle » renforce l’idée que la valeur dépend du look. Préférez des observations sur la diversité : « les gens ont des tailles et des formes différentes, c’est normal ». Et si votre enfant fait une remarque, recentrez sur les qualités non physiques.

Repenser les compliments : valoriser l’intérieur
Plutôt que de dire « quel joli pull ! » ou « tu as de beaux yeux », misez sur ce que votre enfant fait et ressent. Des phrases comme « j’ai vu comment tu as partagé ton jouet, c’était super généreux » ou « tu t’es appliqué sur ton dessin, je suis fier de toi » renforcent l’estime de soi sans passer par le physique. Les chercheurs montrent que ce type d’attention réduit les risques de troubles alimentaires. Même pour des inconnus, commentez l’énergie, le style, l’humour : « j’adore ta façon de t’habiller, c’est original ! »

Le pouvoir de l’exemple : comment parler de son propre corps
Les enfants imitent ce qu’ils voient. Si vous critiquez votre ventre ou vos cuisses devant eux, ils apprendront à faire de même avec leur propre corps. Une étude a prouvé que les discours négatifs parentaux augmentent les critiques corporelles chez les enfants. Alors, même si vous n’êtes pas au top avec votre image, essayez de reformuler : « j’ai mal aux jambes d’avoir trop marché, mais elles sont fortes » ou « mes bras peuvent te serrer, c’est chouette ». Parlez de ce que votre corps fait, pas de son apparence. Et si vous suivez un régime, faites-le discrètement : l’important est l’équilibre global, pas la privation.

- Laissez votre enfant décider de la quantité dans son assiette : son corps sait quand il a assez (autorégulation naturelle).
- À table, évitez les compliments sur la nourriture : dites « merci d’avoir goûté » plutôt que « c’est bien, tu as fini ton assiette ».
- Pesez votre enfant seulement lors des visites chez le médecin, jamais à la maison – le poids n’est pas un indicateur de santé unique.
- Si votre enfant demande un aliment sucré, ne le diabolisez pas : proposez une portion raisonnable (ex : 2 carrés de chocolat) sans commentaire négatif.
- Quand vous parlez de votre propre corps, utilisez des mots neutres : « j’ai des bras », pas « mes bras sont gros ».
Faut-il interdire les bonbons pour éviter les excès ?
Non, l’interdiction rend les aliments encore plus désirables. Mieux vaut les intégrer en quantité raisonnable (par exemple, un petit bonbon après le dîner) sans en faire un sujet de négociation.
Mon enfant refuse de manger des légumes, que faire ?
Continuez à en proposer sans forcer – il faut parfois 10 à 15 expositions avant qu’un enfant accepte un nouvel aliment. Variez les présentations (en purée, en bâtonnets, en soupe) et restez neutre.
Comment réagir si mon enfant se compare à un camarade plus mince ?
Expliquez que les corps sont différents par nature (taille, forme, ossature) et que le poids ne détermine pas la valeur. Recentrez sur ses qualités uniques (gentillesse, humour, créativité).
Dois-je peser mon enfant régulièrement à la maison ?
Non, cela peut créer une obsession du poids. Seul le médecin peut suivre la courbe de croissance lors des consultations. Le poids varie naturellement avec la croissance.
Faut-il cacher les régimes parentaux aux enfants ?
Idéalement, oui. Si vous suivez un régime, faites-le discrètement et adoptez une alimentation équilibrée pour toute la famille. Les régimes restrictifs augmentent le risque de troubles alimentaires chez les enfants qui les observent.


