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N° 3850 · Corps

Pourquoi vos médicaments coûtent cher ? Les coulisses des géants invisibles

Vous avez déjà ouvert votre portefeuille en pharmacie en vous demandant pourquoi ce petit comprimé coûte si cher ? Derrière ce prix se cache un acteur méconnu :…

Vous avez déjà ouvert votre portefeuille en pharmacie en vous demandant pourquoi ce petit comprimé coûte si cher ? Derrière ce prix se cache un acteur méconnu : les Pharmacy Benefit Managers, ou PBM. Ces entreprises gèrent 80 % des prescriptions aux États-Unis et commencent à peser en Europe. Leur pouvoir ? Fixer les prix, choisir quels médicaments vous aurez accès, et même décider quelles pharmacies survivront. On vous explique comment ça marche, pourquoi ça vous concerne, et surtout, comment limiter leur impact sur votre budget santé.

Les PBM, ces intermédiaires qui décident à votre place

Imaginez un supermarché où le gérant choisirait quels produits vous avez le droit d’acheter, à quel prix, et dans quel magasin. C’est exactement le rôle des PBM. Nés dans les années 1950 pour aider les assurances à gérer les remboursements de médicaments, ces entreprises sont aujourd’hui contrôlées par trois géants : CVS Caremark, OptumRx (filiale d’UnitedHealth) et Express Scripts. À eux trois, ils gèrent les ordonnances de près de 300 millions d’Américains. Leur mission officielle ? Négocier des rabais avec les laboratoires pharmaceutiques pour faire baisser les coûts. En réalité, leur modèle économique repose sur un système de ristournes et de marges qui finit par faire gonfler la facture pour le patient. Par exemple, un médicament acheté 100 € par la pharmacie peut être facturé 150 € à votre assurance, la différence étant empochée par le PBM. Résultat : entre 2017 et 2022, les trois principaux PBM ont engrangé 7 milliards de dollars de profits grâce à ces pratiques.

Les PBM, ces intermédiaires qui décident à votre place
Les Pharmacy Benefit Managers, ces intermédiaires invisibles qui fixent le prix de vos médicaments.

Pourquoi votre pharmacie de quartier a peut-être disparu

Si vous avez remarqué que les petites pharmacies indépendantes ferment les unes après les autres, les PBM y sont pour quelque chose. Leur arme ? Le spread pricing, une pratique qui consiste à rembourser les pharmacies moins cher que ce qu’elles ont payé pour le médicament. Par exemple, un PBM peut facturer 200 € à votre assurance pour un traitement, mais ne reverser que 150 € à la pharmacie. La différence ? Une marge pure pour le PBM. Entre 2010 et 2020, plus de 25 000 pharmacies indépendantes ont mis la clé sous la porte aux États-Unis à cause de ces pertes. En France, où les PBM commencent à s’implanter via les mutuelles et les assurances complémentaires, le risque est le même : une concentration des acteurs et une réduction de vos choix. Pire, les PBM favorisent leurs propres pharmacies. Une étude de la Federal Trade Commission (FTC) a révélé que les trois grands PBM remboursaient leurs pharmacies affiliées jusqu’à 30 % plus cher que les indépendantes.

Pourquoi votre pharmacie de quartier a peut-être disparu
Les petites pharmacies indépendantes paient le prix fort des pratiques des PBM.

Comment les PBM font monter vos cotisations et vos restes à charge

Le système des PBM a un effet domino sur votre portefeuille. D’abord, les ristournes négociées avec les laboratoires ne sont pas toujours répercutées sur le prix final. Ensuite, les PBM imposent des formulaires (listes de médicaments remboursés) qui privilégient leurs propres produits ou ceux des laboratoires avec qui ils ont les meilleurs accords. Résultat : votre médecin vous prescrit un médicament, mais votre assurance ne le rembourse qu’à moitié parce qu’il n’est pas dans le formulaire. Vous devez alors payer la différence de votre poche, ou demander à votre médecin de tout recommencer avec une autre molécule. Aux États-Unis, les patients paient en moyenne 30 % de plus pour leurs médicaments à cause de ces pratiques. En France, où les PBM sont encore marginaux, les mutuelles commencent à les utiliser pour gérer les remboursements des médicaments non pris en charge par la Sécu. Si le phénomène s’amplifie, attendez-vous à voir vos cotisations augmenter et vos choix se réduire.

Comment les PBM font monter vos cotisations et vos restes à charge
Vos cotisations et vos restes à charge augmentent à cause des marges des PBM.

Que faire pour limiter l’impact des PBM sur votre budget santé ?

Vous ne pouvez pas supprimer les PBM du jour au lendemain, mais vous pouvez adopter quelques réflexes pour limiter leur emprise. D’abord, comparez les prix entre plusieurs pharmacies : certaines indépendantes proposent des tarifs plus bas que les grandes enseignes, même si elles sont moins remboursées. Ensuite, demandez à votre médecin de privilégier les médicaments génériques ou ceux qui figurent dans le formulaire de votre assurance. Enfin, si vous avez une mutuelle, renseignez-vous sur son partenariat avec un PBM : certaines commencent à négocier des tarifs préférentiels pour leurs adhérents. Aux États-Unis, des États comme l’Arkansas ont interdit aux PBM de posséder leurs propres pharmacies pour casser leur monopole. En Europe, la Commission européenne enquête sur leurs pratiques. En attendant, gardez un œil sur vos relevés de remboursement : si un médicament vous semble anormalement cher, n’hésitez pas à demander des explications à votre pharmacien ou à votre assurance.

Que faire pour limiter l’impact des PBM sur votre budget santé ?
Quelques astuces pour limiter l’impact des PBM sur votre budget santé.
💡 Conseils & astuces
  • Vérifiez si votre mutuelle utilise un PBM : certaines affichent cette information dans leurs conditions générales. Si c’est le cas, comparez les remboursements avec d’autres offres.
  • Privilégiez les pharmacies indépendantes pour les médicaments non remboursés : elles ont souvent des marges plus serrées et des prix plus bas que les grandes enseignes.
  • Demandez à votre médecin de vous prescrire des génériques ou des médicaments figurant dans le formulaire de votre assurance pour éviter les mauvaises surprises.
  • Comparez les prix des médicaments sur des sites comme [GoodRx](https://www.goodrx.com/) (aux États-Unis) ou [Santéclair](https://www.santeclair.fr/) (en France) avant de passer à la pharmacie.
  • Si un médicament vous semble anormalement cher, demandez à votre pharmacien s’il existe une alternative moins coûteuse ou mieux remboursée.
FAQs

Les PBM existent-ils en France ?

Oui, mais leur influence est encore limitée. Ils commencent à être utilisés par certaines mutuelles et assurances complémentaires pour gérer les remboursements des médicaments non pris en charge par la Sécurité sociale. Leur poids devrait augmenter dans les années à venir.

Pourquoi les PBM favorisent-ils leurs propres pharmacies ?

Parce que cela leur permet de maximiser leurs profits. En dirigeant les patients vers leurs pharmacies affiliées, ils peuvent facturer des prix plus élevés à l’assurance tout en payant moins cher les médicaments. C’est ce qu’on appelle la vertical integration.

Comment savoir si mon assurance travaille avec un PBM ?

Cette information est rarement mise en avant, mais vous pouvez la trouver dans les conditions générales de votre contrat ou en contactant directement votre assurance. Certaines mutuelles affichent aussi cette information sur leur site.

Les PBM font-ils vraiment baisser les prix des médicaments ?

Officiellement, oui : ils négocient des rabais avec les laboratoires. En réalité, ces économies ne sont pas toujours répercutées sur le patient. Une étude de la FTC a montré que les PBM gardent une partie des ristournes pour eux, ce qui finit par faire augmenter les coûts pour les assurés.

Que risquent les PBM avec les nouvelles régulations ?

Aux États-Unis, plusieurs États ont adopté des lois pour encadrer leurs pratiques, comme l’interdiction du spread pricing ou la transparence sur les ristournes. En Europe, la Commission européenne enquête sur leur impact sur les prix. À terme, ces régulations pourraient limiter leur pouvoir, mais le processus est lent.

Puis-je contourner les PBM pour acheter mes médicaments ?

Pas vraiment, car ils sont intégrés au système de remboursement. En revanche, vous pouvez limiter leur impact en comparant les prix, en privilégiant les génériques et en choisissant des pharmacies indépendantes pour les médicaments non remboursés.