Imaginez : votre enfant pointe du doigt un panneau dans la rue et dit « C’est un passage piéton ! ». Ou il anticipe le trajet pour aller chez le médecin sans stress. Pour beaucoup d’enfants, la ville est un dédale de symboles abstraits. Le Cuaderno TEACCH « La ville » change la donne : un support visuel qui rend l’environnement urbain concret, ludique et accessible. On vous explique comment l’utiliser au quotidien, même sans être enseignant.
Pourquoi la ville peut être un casse-tête pour certains enfants ?
Un feu rouge, un panneau « sens interdit », un arrêt de bus… Ces éléments semblent évidents, mais pour un enfant (surtout avec des troubles du langage ou du spectre autistique), ils relèvent du code secret. Une étude de l’Inserm (2021) montre que 1 enfant sur 6 rencontre des difficultés à comprendre les symboles urbains avant 8 ans. Le problème ? Ces incompréhensions génèrent du stress, limitent l’autonomie et compliquent les sorties en famille. Le Cuaderno TEACCH contourne ce blocage en remplaçant les mots par des pictogrammes clairs : des dessins stylisés, sans ambiguïté, avec des couleurs codées (ex : rouge pour les dangers, bleu pour les services). Résultat ? L’enfant associe visuellement l’image à l’objet réel, comme un jeu de memory géant.

3 activités pour transformer les trajets en jeux d’apprentissage
Pas besoin de matériel compliqué : imprimez les pictogrammes (disponibles en licence CC sur ARASAAC), découpez-les et collez-les sur un panneau en liège ou un tableau magnétique. Voici trois idées testées et approuvées : 1) Le jeu des 7 erreurs urbain : Affichez une scène de rue avec 7 éléments manquants ou mal placés (ex : un panneau « stop » à l’envers). L’enfant doit les repérer et les corriger. 2) La chasse aux pictos : Lors d’une balade, donnez-lui une liste de 5 éléments à trouver (ex : un passage piéton, une bouche d’égout, un distributeur de billets). Comptez 1 point par élément trouvé. 3) Le scénario catastrophe : « Et si le feu passait au rouge alors que tu es au milieu de la route ? ». Avec les pictogrammes, l’enfant reconstitue la bonne réaction (s’arrêter, attendre, traverser). Bonus : ces activités marchent aussi en voiture ou dans les transports !

Comment adapter l’outil à la maison (même sans imprimante) ?
Pas d’imprimante ? Pas de problème. Le principe du TEACCH repose sur la répétition visuelle, pas sur le support. Voici des alternatives : – Dessinez vous-même : Un bonhomme bâton pour un piéton, un rectangle rouge pour un bus. L’important, c’est la cohérence (toujours le même symbole pour le même objet). – Utilisez des photos : Prenez des clichés des lieux fréquentés (l’école, la boulangerie, le parc) et créez un album « Ma ville ». – Les applis gratuites : « PictoSelector » (Android/iOS) permet de générer des pictogrammes personnalisés en 2 clics. Astuce : associez toujours le pictogramme à une action concrète. Par exemple, avant d’aller à la pharmacie, montrez le pictogramme « croix verte » et dites : « On va chercher ton sirop ici ». Une étude de l’Université de Genève (2020) confirme que cette association image-action réduit l’anxiété chez les enfants de 30 % en 4 semaines.

Quand et comment introduire les règles de sécurité ?
La sécurité routière, c’est souvent théorique et anxiogène (« Ne traverse pas ! »). Avec le Cuaderno TEACCH, on passe à la pratique sans danger. Exemple : – Le jeu du petit agent : Donnez à l’enfant une « mission » : vérifier que les voitures sont bien arrêtées avant de traverser. Avec un pictogramme « voiture arrêtée » (rouge) et « voiture en mouvement » (vert), il peut signaler les situations à risque. – Les séquences pas à pas : Découpez une traversée de rue en 5 étapes (regarder à gauche, attendre le bonhomme vert, etc.) et associez chaque étape à un pictogramme. Collez-les dans l’ordre sur un support rigide (type sous-main). Une enquête de la Sécurité Routière (2022) révèle que 60 % des accidents impliquant des enfants de 6-10 ans sont liés à une mauvaise évaluation des distances ou des vitesses. Ces outils visuels aident à structurer leur réflexion. Attention : ces activités ne remplacent pas un apprentissage encadré par un adulte, surtout pour les traversées réelles.

- Pour les trajets en voiture, collez 3 pictogrammes sur le tableau de bord (ex : « hôpital », « école », « maison ») et demandez à l’enfant de les pointer quand vous passez devant. Ça occupe et ça ancré les repères.
- Créez un « permis piéton » maison : après 5 sorties réussies (sans traverser au rouge, en regardant des deux côtés), offrez-lui un diplôme personnalisé. Les enfants adorent les rituels de validation.
- Si votre enfant est stressé par les bruits urbains (sirènes, klaxons), associez un pictogramme « bruit fort » à une technique de respiration (ex : souffler comme un dragon pendant 5 secondes).
- Pour les classes, imprimez les pictogrammes en A3 et affichez-les près de la porte de sortie. Ça sert de rappel visuel avant les sorties scolaires.
- Testez la « boîte à mystères » : glissez un pictogramme dans une boîte (ex : « parc ») et demandez à l’enfant de deviner où vous allez. Ça stimule le langage et l’anticipation.
À partir de quel âge peut-on utiliser ce support ?
Dès 3 ans pour les pictogrammes simples (maison, voiture, arbre), et jusqu’à 10-12 ans pour les concepts plus complexes (règles de circulation, services d’urgence). Adaptez la difficulté en fonction de l’enfant.
Mon enfant n’a pas de trouble du langage, est-ce que ça peut quand même l’aider ?
Absolument. Ces outils sont conçus pour tous les enfants, y compris ceux qui apprennent une langue étrangère ou qui ont simplement besoin de structurer leur environnement. C’est comme un alphabet visuel de la ville.
Où trouver les pictogrammes gratuitement ?
Le site ARASAAC (arasaac.org) propose des milliers de pictogrammes libres de droits, classés par thème. Le Cuaderno TEACCH « La ville » est téléchargeable sur le site Orientación Andújar (lien dans l’article source).
Est-ce que ça marche aussi pour les adultes avec des besoins spécifiques ?
Oui, les pictogrammes sont utilisés en orthophonie et en ergothérapie pour les adultes avec des troubles cognitifs ou des lésions cérébrales. L’avantage ? Ils sont universels et adaptables.
Comment éviter que mon enfant devienne dépendant des pictogrammes ?
Utilisez-les comme une béquille temporaire : commencez par les afficher partout, puis retirez-les progressivement (ex : d’abord 10 pictos, puis 5, puis 2). L’objectif est qu’il intègre les informations naturellement.
Peut-on créer ses propres pictogrammes ?
Bien sûr ! Dessinez-les avec l’enfant pour qu’il s’approprie les symboles. Par exemple, un nuage avec des gouttes pour « pluie » ou un soleil pour « beau temps ». L’important, c’est la cohérence.


